Prix Pittard de l'Andelyn 2014

Béton armé, par Philippe Rahmy : un voyage qui conduit le narrateur, atteint de la maladie des os de verre, dans la ville chinoise de Shangai. Un choc humain. Qu'il est possible de voyager au loin, et d'y éprouver l'émerveillement alors que, jusqu'à son séjour à Shanghai en septembre et octobre 2011, son corps, capitale de la douleur, l'en empêchait depuis le premier jour, c'est l'expérience que rapporte Philippe Rahmy dans un récit dont l'éclat domine cette rentrée littéraire... Ainsi que le relève son préfacier, Jean-Christophe Rufin, parce qu'il est plus sensible que le voyageur routinier tôt ou tard victime de "l'usure du regard", le découvreur -à plus forte raison celui qui, comme Philippe Rahmy, court le risque de s'effondrer à tout moment- fait entrer son lecteur dans la fraîcheur des premières émotions. (Philippe Delaroche - Lire, septembre 2013)

Béton armé n'est ni un roman ni un récit de voyage. Plutôt une succession de fragments organisés en quarante-deux chapitres. Au terme desquels une double vue se dégage  : sur la ville et sur l'intériorité du narrateur. Impossibles à dissocier. Inutile par conséquent de chercher ici la moindre bribe de l'imagerie traditionnelle sur la grande cité chinoise de la verticalité. Le Bund, les concessions, le jaillissement des gratte-ciel qui rivalisent d'audace architectonique... tout cela qu'on sent présent, mais qu'on voit finalement peu. Tandis que, par ailleurs, on entend et respire littéralement la mégapole chinoise... À aucun moment l'écrivain ne décrit Shanghai, mais il la restitue à la façon impressionniste, en posant une myriade de touches dont miraculeusement surgit la netteté d'un tableau... Un flot de gros plans dont l'organisation par l'écriture fait sens. Et continûment des flashs de la foule comme une inépuisable et multiforme coulée. (Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 10 octobre 2013)

Il y a du désir, de l'anxiété, de la rage, une forme de témérité lucide et âpre, dans la posture de cet homme qui livre son corps hautement cassable au flux et au reflux urbains. Sa mémoire, habitée par la douleur, c'est avec la même vraie hardiesse frontale qu'il s'y plonge. Trouvant les mots les plus précis, le ton le plus juste, pour dire ces confrontations multiples - avec le dehors, avec son enfance et ses démons intérieurs, avec ses peurs et ses entraves -, Philippe Rahmy en tire une morale non conformiste, une leçon de savoir-vivre au sens le plus littéral, le plus digne du terme, et qui ne vaut pas pour lui seul.